Nous sommes en juillet 1790. Le jour se lève sur le château de Saint-Cloud où Marie-Antoinette s’apprête à faire face à Mirabeau. « Nous ne serons jamais assez malheureux pour être réduits à la pénible extrémité de recourir à Mirabeau » pensait-elle à peine un an avant.
Mirabeau, le renégat, le noble élu du tiers état qu’elle avait longtemps cru responsable des « grandes égorgées » d’octobre 1789 ! A Passy, après une orgie monumentale dans son hôtel particulier la veille, le tribun se prépare aussi.
L’entrevue de Saint Cloud s’ouvre sur cette aube de 3 juillet. Tout est calme. Mais l’air sent l’orage. La monarchie est en péril, l’avenir de la France incertain et cette audience secrète à Saint-Cloud peut changer le cours de l’Historie. Car, paradoxalement, une seule volonté anime l’orateur du peuple, celle de sauver le trône. Il sait que le roi est d’une indécision chronique et seule Marie-Antoinette, avec son caractère trempé, peut insuffler quelque volonté au monarque, lui faire prendre de bonnes décisions, des décisions, et le contraindre à s’y tenir. « La Première dame du royaume doit regagner sa popularité en allant à la rencontre du peuple, en se montrant comme le faisait jadis sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse ». S’il arrive à la convaincre, elle persuadera le roi, ainsi la monarchie sera sauvée de la tempête qui menace de l’entraîner dans l’abîme. Par calcul, certes, car un jeune inconnu, Robespierre, fait ses premiers pas à l’Assemblée.
Arrivera-t-il à rallier la reine à ses convictions ?
140 pages pour résumer le face à face, servies par un dosage juste de romanesque et réalité historique. Personnages forts, bien construits, dialogues réussis, une époque qui intrigue et une fluidité de lecture très moderne. Tous les ingrédients son réunis pour faire de cette Entrevue de Saint-Cloud une heure de passionnante lecture.
Rencontre avec l’auteur le vendredi 10 septembre à 19h00 au bar de l’hôtel Mercure, Les Sables d’Olonne.
Harold Cobert est né à Bordeaux en 1974. À la suite de sa thèse, Mirabeau, polygraphe : du pornographe à l’orateur politique, il a publié un essai consacré à Mirabeau, le fantôme du Panthéon et un premier roman, Le Reniement de Patrick Treboc (2007). Un hiver avec Baudelaire, paru chez Eho en 2009, a rencontré un vif succès. Harold Cobert écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision. »
Extrait :
« Lorsqu’elle s’était retrouvée face à lui, ce 3 juillet 1790, elle n’avait pu s’empêcher de penser au palmarès d’alcôves de cet infatigable libertin. Lui, si laid et si corrompu, et pourtant chéri des femmes et du peuple ; elle, si belle et si disposée à aimer, mais frustrée dans sa chair par le roi, détestée par la Cour et par la France toute entière. Elle avait cristallisé sur lui la rancœur de tout ce que le destin lui avait refusé. Elle n’avait vu dans Mirabeau que le reflet comblé de ses propres frustrations. Et elle l’avait détesté pour cela. Elle l’avait détesté et elle s’était détournée de lui alors que tout les rapprochait. Mirabeau avait subi le joug de l’arbitraire lors de ses emprisonnements, elle avait fui les mesquineries de la Cour en s’enfermant dans une tour d’ivoire, en dressant entre elle et le monde les murs dorés de sa vie à Trianon. Mirabeau ne s’était vautré corps et âme dans la débauche que pour conjurer les stigmates de sa laideur, elle ne s’était jetée dans l’étourdissement perpétuel des bals et des fêtes que pour combler le vide de son cœur et de sa chair inassouvie. Mirabeau avait raison : ils avaient souffert les mêmes maux, mais n’avaient pas réagi de la même façon. Elle avait occulté la réalité, lui l’avait affrontée en face. «
L’Entrevue de Saint-Cloud, éditions Héloise d’Ormesson, 15 euros
La première phrase:












Je viens de relire avec une sorte d’arrière- goût de laryngite mon billet Brive 2007.
« Il n’était pas très romanesque, en tout cas pas en paroles. Plus tard, il ne cessa de lui répéter qu’il n’avait jamais oublié son apparition à elle la première fois, comme son hypophyse s’était mise à gondoler en la voyant, car elle était comme… oui, juste comme elle est. Si belle et si fraîche et si… ah ! Ce fut réglé comme un algorithme, car à peine l’avait-il vue la première fois qu’il l’avait désirée sans que rien d’autre puisse désormais occuper sa pensée. « J’aurais tant voulu te ramener tout de suite à la maison, je n’avais même plus envie de finir ma bière », lui dit-il après deux ou trois rendez-vous chez lui et aussi chez elle. »
Voilà pour le coup de foudre. Côté écriture, c’est un roman très original, qui ne cesse de couper son rythme « Quand je m’ennuyais, je changeais de style ». Il en résulte une narration assez classique d’un côté, mais aussi de vrais exercices de style puisque l’auteur intercale des phrases sans ponctuation, des pages empruntées aux pièces de théâtre, aux manuels de psychothérapie, aux encyclopédies, des citations, ou encore des extraits de chansons en anglais ou en allemand. C’est au lecteur, selon sa culture musicale, de les reconnaître ou non car aucune note de bas de page pour l’aider.




